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L’Agence pour le Développement Régionale du Cinéma (L’ADRC)

Jean-Michel Gevaudan, Délégué Général
Christian Landais, Architecte-conseil, Responsable des études

adrc

L’ADRC est un organisme d’intervention, d’étude, d’assistance et de conseil pour l’aménagement culturel du territoire. Cette association créée à l’initiative du Ministère de la Culture en 1983, agit en faveur de la diversité des salles, des films, et des publics. Dans le contexte des réformes du cinéma, l’ADRC est intervenue directement contre les effets de la concentration du cinéma s’exerçant au bénéfice des villes les plus importantes.

L’établissement d’une cohérence territoriale est nécessaire pour définir les pertinences d’équipement

Constat :

  • Une très grande diversité des publics, un exceptionnel maillage du territoire :
    En 2017, plus de 68 % de la population française a fréquenté un cinéma. La salle de cinéma, donnant lieu à une des pratiques culturelles les plus ouvertes socialement, rassemble des populations diverses et participe ainsi activement au dynamisme des centres-villes. Les établissements cinématographiques français sont présents dans 930 unités urbaines de toutes tailles (plus de 1.600 communes : des territoires ruraux jusqu’aux métropoles).
  • Le développement du modèle du format multiplexe depuis les années 1990 :
    Ce modèle se base sur une réaction-adaptation des industries culturelles qui dans un lieu unique permet d’avoir une multiplicité d’offres et d’avoir un marché plus dense.
    Parmi les éléments d’évolution, on constate une baisse nationale de fréquentation de 23 % pour les établissements de 4 à 7 écrans, et la progression des entrées de 37 % pour les établissements de grande taille (8 écrans et plus). Or, le parc de salles français est constitué à 77 % d’établissements de moins de 4 écrans qui assurent le maillage des territoires entre les grandes métropoles.
    Aujourd’hui, à défaut d’une création de nouveaux publics qui auraient une incidence positive sur la vitalité d’agglomérations, nous notons bien plutôt une captation de publics par la périphérie sur la dynamique des centres-villes, évolution particulièrement sensible pour les villes moyennes qui assurent la cohésion du territoire français.
  • Une très forte concentration des opérateurs de diffusion :
    Près de 80 % de la programmation est fréquemment contrôlée par deux ou trois programmateurs selon les régions et villes-clés, ce qui peut aller jusqu’à 90% voire 100% dans certaines unités urbaines. Les principaux opérateurs d’exploitation sont très concentrés, dominant largement la programmation des écrans des villes « clés » reléguant la majorité des villes moyennes et petites villes (et leurs populations) à la marge du marché prioritaire.
  • Des projets d’implantation de cinémas importants fonctionnant trop souvent comme argument ou prétexte :
    Il est courant d’inclure dans un projet de développement d’une zone commerciale, un établissement cinématographique. Les promoteurs immobiliers partent du constat que le cinéma génère un flux de public en raison du produit d’appel – film, enjeu assez direct du développement commercial. Cependant, il s’agit le plus souvent d’un prétexte sans qu’il y ait un réel projet d’exploitation cinématographique dans ses dimensions culturelles et sociales, au-delà du seul spectre économique.
    Cela conduit à un jeu « perdant-perdant » : pour l’activité cinématographique, on ne se préoccupe pas véritablement de ses spécificités ; tandis que le territoire en question, ne bénéficie pas véritablement des pratiques sociales et culturelles propres à la salle de cinéma, vecteur de centralité.
  • L’enjeu de la qualité de la programmation dans le développement du cinéma :
    Plus de 55% des cinémas d’art et essai ayant une ligne éditoriale – qui s’établit sur la base de la qualité des œuvres proposées – sont implantés dans les unités urbaines de moins de 20 000 habitants. Ce n’est pas un hasard mais le fruit de politiques publiques nationales et locales.
    Le cinéma représente donc un atout formidable pour l’attractivité des territoires, mais en centre-ville le modèle économique est fragile du fait de ses coûts (besoin d’espace, stationnements, coût du foncier et contraintes urbanistiques) et de la fiscalité.

Les propositions :

  • Etablir une stratégie locale équilibrée à la bonne échelle :
    Une stratégie adaptée au territoire concerné permet de rétablir des équilibres face à la forte concentration des opérateurs dominants.
  • Avoir une planification précise pour avoir une base de dialogue pertinente :
    Dans les CDAC, les objectifs définis par le SCoT ou le PLUi doivent impérativement être pris en compte pour modérer un projet d’implantation de cinéma et s’assurer de ses qualités. Il faut substituer à la procédure d’autorisation actuelle (où l’on ne peut dire que oui ou non), une stratégie de projet global. D’autres modes de régulation sous forme d’engagement ou « contrat » en amont permettraient d’avoir une meilleure maîtrise d’implantations et de protection de la diversité.
  • Promouvoir des modèles d’implantation commerciale en centre-ville :
    Il ne saurait y avoir un modèle-type unique de cinéma. La diversité de projets et de taille répond à la diversité des publics concernés d’un territoire donné, et de leurs pratiques sociales et culturelles, tout autant qu’économiques.
  • Avoir des analyses d’experts sur des projets globaux :
    La protection de la diversité culturelle doit contrer ce qui est trop souvent une démarche de prédation économique des opérateurs déjà très dominants. Pour cela il faut bénéficier de l’apport d’experts indépendants des opérateurs, pour disposer d’une analyse véritablement objective de la problématique « cinéma » dans un projet urbain global articulant centre et périphérie.