MENU FERMER

MINES ParisTech

Eric Ballot, Directeur du Centre de Gestion Scientifique à MINES ParisTech

mines

MINES ParisTech forme depuis sa création en 1783 des ingénieurs de très haut niveau capables de résoudre des problèmes complexes dans des champs très variés. Première école d’ingénieurs en France par son volume de recherche contractuelle, MINES ParisTech dispense une importante activité de recherche orientée vers l’industrie.

Les moyens lourds saturés c’est ce que l’on sait faire de plus vertueux pour accompagner un développement inéducable de la logistique urbaine et c’est ce qui doit être anticipé dans les règlementations

Constat :

  • Encourager le développement de la logistique en centre-ville :
    La logistique continuera à se développer et elle doit se développer, notamment en centre-ville. La logistique recherchée fabriquera de l’efficience et de l’activité économique. Aujourd’hui nous sommes confrontés à une alternative ; le tout voiture individuelle pour faire des achats en périphérie (congestion, pollution et émissions de CO²), avec une efficacité proche de zéro, soit les consommateurs font leurs courses en proximité ou se font livrer sachant la population sera de moins en moins encline à porter ses achats.
    La logistique doit donc être accompagnée par les acteurs et doit se refaire une place en ville. Si elle est organisée, elle peut être vertueuse.
  • Dépasser le débat de la vitesse et digitaliser le commerce de centre-ville :
    Nous sommes face à un paradoxe aujourd’hui ; les acteurs du e-commerce sont plutôt à l’extérieur de la ville et essayent d’accélérer les flux pour gagner des parts de marché. Etant en dehors de la ville la logistique devient pour ces opérateurs un cheval de Troie pour y pénétrer. Mais, l’accélération des flux qui nuit à leur efficacité et la vitesse est un faux-débat, souvent fabriqué par le marketing et qui révèle un manque d’anticipation. La livraison est donc une course invisible pour les consommateurs qui a ses propres limites, notamment économiques et environnementales.
    De plus les produits sont déjà très présents en ville mais peu présents sur Internet. Il y a donc un travail de digitalisation des commerces de centre-ville à faire car le client tend à rechercher et à faire venir de l’extérieur de la ville ce qui s’y trouve déjà !

Les propositions :

  • Responsabiliser les consommateurs :
    Le consommateur n’a aucun élément d’appréciation de son comportement. Il faut lui donner des signaux clairs, visibles, et communiquer sur cela. Par exemple, en commandant sur dix sites Internet, le client est livré dix fois. Se faire livrer en une ou deux heures, c’est faire rouler un véhicule rien que pour cette livraison, c’est-à-dire déplacer un véhicule d’une tonne pour quelques kilogrammes de marchandises. Proposer des livraisons pour des achats à pied ou en transport en commun permet de réduire le trafic global.
  • Retrouver les effets d’échelle en ville :
    Plus le véhicule est petit, moins c’est efficient, Les moyens lourds saturés c’est ce que l’on sait faire de plus vertueux pour accompagner un développement inéluctable de la logistique urbaine. Le drone même s’il apparaît comme futuriste a la même empreinte environnementale qu’un véhicule utilitaire léger moderne, sans compter l’empreinte foncière de sa base. La ville doit être organisée et structurée et non pas être le lieu d’un foisonnement des livraisons. Cela doit être anticipé dans les règlementations publiques. Des règlementations pourraient inclure l’efficience des opérateurs pour accéder à la ville, source de décongestion, au-delà du fait que le véhicule soit propre ou pas.
  • Passer d’une logique de sous-traitance à une logique d’interconnexion :
    Il faut passer de logique de sous-traitance à une logique d’interconnexion en arrivant à faire en sorte que les ruptures de charges se passent avec une productivité quasi-industrielle. Le transbordement doit être très rapide dans les espaces logistiques. L’interconnexion va de pair avec l’accélération des flux et le partage des moyens.
  • Digitaliser l’offre commerciale pour la rendre plus visible :
    Des plateformes digitales peuvent permettre de rendre visible sur Internet l’offre commerciale pour répondre au paradoxe précédent d’une part puis de reconsolider le flux en centre-ville au niveau des livraisons aux enseignes et particuliers. Au-delà d’un lieu, il faut avoir les outils digitaux pour permettre une visibilité de ce qui est disponible, rentre et sort des villes car il sera difficile de construire cette efficience sans ces informations. Les plateformes, notamment d’interconnexion, permettent une visibilité sur les moyens et les envois pour reconsolider les flux. C’est un chantier ambitieux, porté au niveau européen par ALICE (Alliance for Logistics Innovation through Collaboration in Europe) qui va du global au local.
  • Programme de recherche en collaboration avec la recherche européenne :
    Il y a un partage des problématiques au niveau européen même si la recherche française ne doit pas être abandonnée pour autant.