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LAET – Danièle Patier

Danièle Patier, Chercheure au LAET

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Le LAET (Laboratoire Aménagement Économie Transports) est un laboratoire de recherche en économie des transports et aménagement du territoire, et depuis plus de 20 ans spécialisé sur les questions de logistique urbaine et d’aménagement urbain. Le LAET a 3 tutelles : le CNRS, l’Université Lumière Lyon 2 et l’Ecole Nationale des Travaux Publics. Les chercheurs du LAET sont issus de disciplines aussi diverses que l’économie, l’aménagement et urbanisme, la gestion, la géographie, la sociologie ou la science politique.

La recherche a fourni des outils d’aide à la décision pour les collectivités locales, et des préconisations pour améliorer les conditions de partage de la voirie et d’approvisionnement des habitants et des établissements économiques. Cependant ces recherches restent peu connues des collectivités par manque de connaissances et de compétences sur ces questions

Constat :

  • Un manque d’anticipation des besoins en logistique urbaine :
    La mobilité n’est pas au centre des préoccupations des aménageurs et urbanistes. Elle est cependant un élément structurant de la ville, mais complexe. Il faut parler de mobilités au pluriel pour prendre en compte ses multiples facettes. La part du transport de marchandises dans la circulation urbaine représente 25 % de l‘occupation de la voirie (dont 50% est le fait du commerce et de l’artisanat). Les collectivités ont souvent la volonté de réduire la congestion et la pollution. Les actions menées sont encore souvent peu adaptées aux besoins. Dans le cadre de grands chantiers liés à une restructuration urbaine un manque d’anticipation des besoins en infrastructures et accès crée des dysfonctionnements que les collectivités ont du mal à cerner.
  • Un rejet des activités logistiques à l’extérieur des villes
    Les activités logistiques indispensables à l’approvisionnement de la ville sont rejetées dans des zones périphériques de plus en plus éloignées des centres villes au profit d’implantations d’activités à plus haute valeur ajoutée. Cet éloignement nuit à l’efficacité des réseaux de distribution, rallonge les distances parcourues par les véhicules de livraison et accroissent les nuisances environnementales.
  • La mutualisation des flux :
    Une façon de réduire le nombre de véhicules en circulation consiste à mutualiser les flux de marchandises. Si un certain nombre d’opérateurs de transport ont commencé une mutualisation interne au groupe (entre différentes entités du groupe), il existe encore peu de mutualisation externe avec d’autres acteurs (pour la mutualisation des espaces de stockages, des véhicules, des moyens techniques par exemple).

Les propositions :

  • Formation et dissémination des connaissances
    Intégrer la mobilité des marchandises dans les formations d’ingénieurs territoriaux (enjeux, mesures, évaluations), tout en développant des compétences transversales: urbanisme-aménagement-mobilités est indispensable (référents logistiques). Divulguer largement les études et recherches réalisées (diagnostic économique des territoires, évaluation des mesures mises en place, préconisations), ainsi que les outils qui permettent aux aménageurs de simuler les effets de toute modification urbaine sur l’occupation de l’espace permettrait d’éviter les erreurs (réglementations inadaptées…)
  • Faire des réserves foncières en ville
    Eviter l’éviction des fonctions logistiques du centre-ville vers les zones périphériques, qui est nuisible au bon approvisionnement de la ville, en termes économiques et environnementaux : favoriser l’implantation d’espaces logistiques de proximité (stockage déporté pour les commerces), la mutualisation d’espaces publics (espaces logistiques dans les parkings), éviter le départ des marchés d’intérêt nationaux en périphérie, les intégrer au schéma de planification urbaine les zones périphériques de plus en plus lointaines.
  • Favoriser les espaces logistiques de proximité (ELP) :
    Des réserves foncières peuvent être réalisées sur les nombreuses friches commerciales ou industrielles, ou à la faveur de restructuration urbaine, pour accueillir des activités logistiques à prix plus faible pour accueillir des Espaces Logistiques de Proximité pour de nouveaux services et nouvelles organisations (ex : surface de stockage déporté pour les commerçants, des consignes électroniques pour le retrait des achats faits par internet ou espace de mutualisation pour plusieurs opérateurs). Tous ces espaces permettent une réduction des coûts de fonctionnement, une réduction du nombre de véhicules en circulation et des effets environnementaux. Dans ce cas il convient de favoriser des expérimentations, particulièrement avec des start ups qui sont force de proposition
  • Mettre en place des politiques de partage de l’espace et des temps :
    Au lieu de constituer un maillage complexe d’aires de stationnement et d’aires de livraisons, le partage de la voirie dans le temps et dans l’espace entre usagers rend la circulation plus fluide, évite les conflits d’usage de la voirie, donne plus de sécurité. Le partage peut concerner les véhicules (libre- service de véhicules particuliers ou utilitaires légers). Les parkings en ouvrage peuvent jouer un rôle important en diversifiant leur usage (emplacements de consignes, location de véhicules électriques, bornes de recharge…). Autant de nouvelles organisations qui réduisent le nombre de véhicule en circulation. Pour ce faire, il faut développer les technologies de l’information.
  • Décloisonner les services techniques des collectivités :
    Le cloisonnement des services administratifs des collectivités locales (Urbanisme-Commerce- Transports sans intégration de la mobilité des marchandises dans aucun service) et le manque de compétences en mobilités ne permettent pas d’avoir une vision systémique et globale de la ville. Cela entraine de nombreux dysfonctionnements au niveau des aménagements ou réglementations à mettre en place face par manque de connaissance des enjeux. Créer une mission transversale permettrait une cohérence dans les décisions et plus d’interactivité en tenant compte des besoins et des multiples mobilités). Une cellule de concertation sur les grands projets urbains (interdisciplinaire) permettrait une meilleure acceptabilité des actions menées par l’ensemble des acteurs concernés.