MENU FERMER

Interface Transport

Anne-Laure Sergent, Consultante

sergent

Interface Transport réalise des études sur-mesure pour apporter des solutions à vos besoins en mobilité des marchandises depuis 1995.

Il faut démontrer aux commerçants la pertinence des outils logistiques et leurs impacts économiques

Constat

  • Une intégration progressive des questions de logistique par les collectivités :
    L’enjeu autour du transport de marchandises en ville est d’améliorer la performance environnementale et la qualité urbaine tout en s’inscrivant dans un contexte économique concurrentiel au sein duquel les commerçants doivent pouvoir développer leur activité, et les transporteurs accéder à leurs destinataires dans de bonnes conditions.
    La question des marchandises en ville a longtemps été considérée comme relevant essentiellement de la sphère privée. Pourtant, la conjonction d’externalités négatives et les règlementations environnementales ont poussé les collectivités à s’intéresser à la question. La démarche a été entamée par les collectivités les plus importantes (Paris, Lyon, Lille, Toulouse), qui étaient en l’occurrence les plus touchées par les problématiques du transport de marchandises en ville, ainsi que par certaines collectivités particulièrement motrices sur la thématique comme La Rochelle. La mobilisation des autres collectivités s’est réalisée de façon progressive.
    Aujourd’hui, la question de la livraison des colis du e-commerce est devenue un point d’entrée incontournable sur la thématique parce qu’elle touche tous les citoyens / consommateurs. C’est ainsi que des collectivités qui se considéraient jusqu’alors peu concernées par cette thématique alors même qu’il s’agit souvent de territoires souffrant d’une dévitalisation de leur centre-ville, se sont intéressées au sujet. C’est pourquoi il est à notre sens indispensable de considérer le transport de marchandises comme un levier de redynamisation des centres-villes.
  • Un sujet non prioritaire pour les commerçants en raison d’un manque d’information sur les impacts économiques :
    Aujourd’hui, la logistique urbaine n’est pas un sujet prioritaire pour les commerçants. Même si certains commerçants testent de nouvelles formes de livraisons (réception des marchandises en dehors des horaires de livraison, interrogation sur la possibilité de privilégier des fournisseurs proposant des livraisons mutualisées et réalisées par des véhicules faiblement émissifs par exemple), cela reste marginal, et ce pour plusieurs raisons.
    Tout d’abord, aujourd‘hui, les commerçants ne connaissent pas de situation de blocage dans lesquelles ils ne seraient pas approvisionnés et le coût de la livraison est masqué pour eux. De plus, l’impact des livraisons sur la qualité urbaine et par conséquent sur la fréquentation des commerces n’a jamais fait l’objet d’une évaluation. Quel est l’impact du double-file, de la congestion, de l’insécurité des piétons, de la gêne visuelle, de l’usage abusif des aires de livraison sur la fréquentation des commerces ?
    Il sera plus incitatif pour les commerçants de modifier leurs pratiques quand ils en percevront l’intérêt économique. A titre d’exemple, pendant longtemps, les commerçants ont craint l’aménagement de zones piétonnes, car celles-ci allaient éloigner les visiteurs des centres-villes en réduisant leur accessibilité… aujourd’hui, il est avéré que sur le moyen et le long terme, l’impact est positif pour la fréquentation commerciale et par conséquent pour la redynamisation des centres-villes. Un équilibre fin est à trouver sur chaque territoire, entre accessibilité et zone apaisée.
    Forts de ce constat, Il paraît indispensable aujourd’hui de considérer le transport de marchandises en ville non seulement comme une problématique à prendre en compte en amont des aménagements, mais surtout comme un véritable levier de redynamisation des centres-villes.

Propositions :

  • Démontrer la pertinence des outils logistiques pour l’attractivité des commerçants :
    De nombreuses solutions logistiques peuvent contribuer à l’amélioration du fonctionnement urbain global, telles que le développement d’espaces logistiques urbains, la mise en place de voiries partagées, la mise en place d’un disque de livraison, l’expérimentation de livraisons en horaires décalés, la reverse logistics… Néanmoins, il est indispensable de parvenir à démontrer la pertinence de ces outils logistiques pour l’activité des commerçants.
    Pour cela, il nous paraît important de cibler les travaux de recherche sur la relation entre l’optimisation du transport de marchandises en ville et le dynamisme commercial. Londres a par exemple mis en place un outil en ligne pour accompagner les commerçants dans l’amélioration de leurs pratiques. Il paraît intéressant de pouvoir proposer ce type d’outils dans le cadre de la redynamisation des centres-villes français.
  • Donner des moyens aux collectivités d’accompagner les initiatives privées pour pérenniser les expérimentations :
    Aujourd’hui, de nombreux outils logistiques sont testés et restent au stade d’expérimentation. Il est nécessaire de donner les moyens (humains et financiers) aux collectivités d’accompagner les initiatives privées pour pérenniser les expérimentations et les projets en matière de logistique urbaine.
    Par exemple, nous constatons aujourd’hui qu’un grand nombre de projets échouent, en partie par faute d’accompagnement réglementaire. C’est le cas notamment des Centres de Distribution Urbain. Il pourrait être intéressant d’autoriser des expérimentations en termes de réglementation, comme par exemple le fait de permettre à un opérateur unique de rentrer en centre-ville sur un créneau horaire donné, à l’image de la réglementation de Padoue. En fonction des résultats, ces expérimentations pourraient ainsi être pérennisées.
  • Rapprocher les fonctions logistiques de la ville grâce à une feuille de route stratégique pour les collectivités :
    Il est indispensable de rapprocher les fonctions logistiques de la ville pour réduire l’impact environnemental du transport de marchandises. Pour cela, des outils doivent être proposés aux collectivités pour les aider dans leurs arbitrages en matière de foncier. La réservation de foncier logistique doit faire partie d’une véritable feuille de route stratégique au sein des collectivités.
  • Encourager les initiatives de type stockage déporté :
    Des initiatives de type stockage déporté devraient être encouragées sur les territoires, par la mise à disposition de foncier à prix logistique et par un accompagnement des structures privées à l’origine de ce type d’initiative. En effet, cette solution apparaît comme un véritable levier de développement des commerces de centre-ville, en permettant aux commerçants d’externaliser leur surface de stockage de marchandises pour augmenter leur surface de vente et donc de bénéficier d’une meilleure rentabilité au m². Le stockage déporté permet ainsi aux commerçants de se recentrer sur leur cœur de métier, mais aussi de profiter de l’espace libéré pour proposer des services attractifs à leurs clients. Le stockage déporté permet également de diminuer les émissions générées par les livraisons du dernier kilomètre en rationnalisant les approvisionnements. Pour autant, le business model de cette activité ne montre pas aujourd’hui de rentabilité sans intervention de la puissance publique.
  • Intégrer le e-commerce dans la réflexion
    Pour conclure, nous pensons qu’il est aujourd’hui indispensable d’adapter l’offre de services aux nouveaux modes de consommation. A ce titre, le e-commerce devrait être plus systématiquement intégré dans les réflexions sur la redynamisation commerciale, et non pas être seulement considéré comme une des causes de la désertification des commerces.
    Que ce soient la mise en place de points de collecte des marchandises de type « click and collect », l’installation de Boîtes de Logistique Urbaine permettant de venir chercher son panier de fruits et légumes en cœur de ville, de consignes à coli, la création d’une marketplace recensant les produits des commerces locaux, le développement des services de livraison des achats en triporteur,… la mise en place de services logistiques innovants permet à la fois de réduire le nombre de véhicules de livraison en ville et les km parcourus en évitant la représentation au domicile et d’augmenter la fréquentation des centres-villes et par conséquent des commerces.
    Toutes ces initiatives n’ont pour le moment pas de modèle économique éprouvé et n’ont pas fait l’objet d’évaluation en termes d’impact environnemental. Néanmoins, nous pensons que les acteurs du territoire doivent, dès aujourd’hui, se saisir de ces différents leviers d’optimisation, pour participer à la mutation commerciale et technologique déjà engagée.